Les maux de l’école : l’absence de concertation sur les rythmes scolaires

Les maux de l’école : l’absence de concertation sur les rythmes scolaires

Depuis toujours, l’école de la république assure la plus noble des missions, celle de faire de ses enfants des citoyens capables de s’insérer dans la société.

Dans un souci d’efficacité, la loi sur la refondation de l’école réinstalle une cinquième matinée d’école pour le premier degré.

Il aurait fallu que dans chaque commune, une réflexion soit entreprise pour offrir une ouverture plus large de l’école, travailler sur les temps et les lieux de vie de l’enfant :

  • comment répartir les apprentissages sur les 5 jours (au lieu de 4) de manière optimale
  • comment articuler de manière efficace les apprentissages, les temps de détente, les moments de repos, la pause méridienne pour prendre en compte le rythme de l’enfant
  • comment rendre l’apprentissage plus efficace, quelles sont les meilleures façons d’apprendre
  • prendre le temps d’élaborer un vrai PEDT (projet éducatif territorial) et non pas dans l’unique optique de remplir les conditions pour le versement des aides financières de l’état

Au lieu de cela, ce ne sont que les questions organisationnelles et purement économiques qui ont prédominé ici et là, et les projets éducatifs prévus n’ont toujours pas été mis en place dans certaines écoles. Cette mauvaise application a eu pour conséquence de donner une image négative sur le terrain, amenant certains parents à demander le retour aux 4 jours.

Alors que le nouveau gouvernement aurait pu opter pour le choix de solutions visant à apporter des réponses aux difficultés de mise en place de cette réforme, c’est le choix de la suppression pure et simple qui a été opéré et ce dès les premiers mois de la prise de fonction.

Ainsi, dès le mois de juin 2017, M. Blanquer, ministre de l’éducation nationale, par son nouveau décret du 27 juin 2017, laisse la « liberté aux communes » d’organiser la semaine scolaire sur 4 jours ou 4,5 jours après consultation et vote dans les conseils d’école et acceptation par le D.A.S.E.N.( directeur académique des services de l’Éducation nationale). Ce décret dépasse d’ailleurs le cadre unique de l’organisation de la semaine et précise : « Ces dérogations peuvent s’accompagner d’une adaptation du calendrier scolaire national dans des conditions dérogeant à l’article D. 521-2, accordée par le recteur d’académie ». il offre ainsi la possibilité de jouer sur plusieurs leviers y compris les calendriers scolaires. Ce décret implique plus que le retour des 4 jours et demi d’enseignement, à suivre …

Pour cette rentrée 2017-2018, pas moins de 43% des communes, dans la précipitation, seraient retournées aux 4 jours, selon les données de l’AMF (Association des Maires de France). Dans le Val d’Oise, ce sont 64% des villes pour seulement 47% des élèves qui ont suivi ce mouvement. Certaines grandes villes à l’instar d’Argenteuil et de Taverny se sont données un peu plus de temps pour penser ce changement.

Ainsi, à Taverny, dans un courrier du 14 juin 2017 adressé à l’ensemble des parents de la ville et co-signé par la maire et son adjoint à l’éducation, la ville, sans cacher « son hostilité » à la réforme des rythmes scolaires et à ces 4 jours et demi, reconnaissait que celle-ci partait néanmoins d’une bonne intention, mais souhaitait « ne pas s’empresser, ni de prendre des décisions à la légère, sans réflexion ni préparation ». Une telle décision ne peut qu’être saluée.

Seulement, voilà qu’au mois d’octobre dernier, cette même municipalité  a souhaité que les conseils d’école se prononcent sur l’organisation hebdomadaire pour la prochaine rentrée. Les représentants de parents d’élèves nouvellement élus juste avant les congés de la Toussaint ont donc dû  prendre position au retour de ces mêmes congés sans avoir eu le temps de consulter les parents qui les ont élus. En plus de ce calendrier contraint, l’annonce très tardive n’a pas permis d’anticiper cette consultation.

La représentation des parents est une nouvelle fois mise à mal et la volonté affichée de démocratie participative clairement remise en cause. Le comité de suivi du Projet Éducatif de Territoire, instance participative dans le cadre scolaire et périscolaire de notre commune, et même les groupes de travail qui en sont issus, ne peuvent se soustraire à une consultation générale sur ce genre de décision. D’autant plus que l’on ne peut que s’interroger sur la représentativité réelle des parents d’élèves dans ce comité de suivi pas forcément à l’image des résultats obtenus par vote dans chaque école.

Évoquer une nouvelle organisation du temps scolaire, sans même prendre le temps d’évaluer l’efficacité de celle en place si ce n’est par les coûts qu’elle génère, est tout aussi précipité. Il est nécessaire qu’une véritable concertation, une consultation de l’ensemble des parents concernés soit organisée, la municipalité ne peut faire l’économie d’un débat, mais d’un débat débarrassé de toute passion. La nouvelle organisation, devra être construite et pensée ensemble avec les différents acteurs. Chacun des participants devra être au préalable éclairé sur les enjeux d’une telle organisation et un consensus dégagé au nom de l’intérêt unique des enfants et de la réussite pour tous. Nous ne devons pas perdre de vue qu’aujourd’hui, les écoliers français ont le nombre de jours d’école le plus réduit d’Europe et les journées les plus lourdes, selon les études de l’OCDE. La France est le seul pays d’Europe à avoir mis en place la semaine des quatre jours.

On ne peut prioriser l’argument économique, alors même que les difficultés scolaires débutent parfois dès l’école maternelle, sans avoir tout mis en œuvre pour conforter les apprentissages. La réforme agissait dans ce sens. Certes tout n’est pas parfait mais au regard des chiffres du décrochage scolaire, de la lutte contre ce fléau et des 230 000 euros investis pour chaque décrocheur en vue de le réinsérer, il semble intéressant que chaque collectivité contribue à faire le maximum pour accompagner la réussite de chaque élève, et ceci dès l’école primaire.

Encore faut-il que le débat existe et que chacun ait à la fois le temps et les informations pour mener à bien sa réflexion…

Yolande & Franck

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.